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L’Entreprise des Indes

L’odyssée de Christophe Colomb

De : Erik Orsenna
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L’Entreprise des Indes d’Erik Orsenna nous raconte l’histoire de Christophe Colomb au travers du récit qu’en fait sont frère, interrogés par deux Jésuites au soir de sa vie. C’est une vision intime des grandes découverte qui est proposée ici où la relation entre les frères tient une grande place. C’est surtout la préparation du voyage qui tient la place centrale du livre.

En 1476 Christophe Colomb est déjà un navigateur chevronné, mais il fait pourtant naufrage au large du Portugal. S’en tirant par miracle, il trouve refuge chez son jeune frère Bartholomé, qui travaille dans un atelier de cartographie.

Les deux frères, vont préparer ensemble le voyage vers les Indes et les compétences cartographiques de Bartholomé vont s’avérer fort utiles à Colomb. Christophe est une figure écrasante pour son jeune frère Bartholomé, embringué dans l’Entreprise des Indes, un peu à son corps défendant. Le fait que la Terre est ronde n’est plus contesté par les savants depuis l’antiquité. L’Église ne l’a pas encore reconnu et le sujet reste délicat mais Christophe Colomb sait qu’il existe une route vers l’ouest. Reste à calculer la durée du voyage.

Car ce que Colomb ne sait pas c’est la taille du monde, or cette information est précieuse pour déterminer le nombre de jours de navigation à prévoir. Les deux frères se lancent dans une véritable enquête pour trouver ses informations.

Une des pistes les poussent à étudier le livre de Marco Polo qui avait su gagner Cipango (le Japon) et l’empire du Grand Khan (la Chine, la Mongolie) par voie terrestre, en parcourant la Route de la soie. S’ils arrivent à déterminer la durée du voyage de Marco Polo, la distance parcourue, il pourront avoir une idée plus précise de la taille de l’Eurasie, et en déduire la taille du monde.

Le livre fourmille ainsi d’une multitude d’informations qui font le point sur la science et les techniques de l’époque, sur la vie à Lisbonne ; On y apprend encore des choses passionnantes sur l’art de la cartographie.

L’accès facile et démocratique au GPS, à google earth ou à toutes de sortes de services géolocalisés nous donne l’impression qu’une carte est une chose simple et commune. A l’époque de Colomb, une carte est un véritable secret d’état. Les ateliers de Cartographie vont jusqu’à réaliser de fausses cartes pour ralentir les progrès des autres puissances maritimes.

Filigranes.tv, Erik Orsenna, "L’Entreprise des Indes", Stock from Filigranes Tv
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Quelques lignes...

Enfin parut une longue flèche en pierre rouge, les colporteurs qui partageaient ma route m’informèrent qu’il s’agissait de la cathédrale.

Au fond, j’avais atteint une autre sorte de port, un lieu d’où ne partaient pas des bateaux, mais des livres. Et, à bien y réfléchir, les bateaux et les livres se ressemblent en ceci qu’ils servent les Découvertes. Je priai un abbé qui passait de m’indiquer le quartier des imprimeurs.

Rue aux Ours, les ateliers se touchaient et on semblait y travailler nuit et jour : la nouvelle industrie ne manquait pas d’ouvrage.

Je poussai la première porte. On me reçut aimablement. J’avais pris soin, à l’auberge, de redonner à mon visage meilleure apparence. Ma jeunesse et mon accent étranger devaient ajouter à la bonne impression que je faisais. Je me présentai comme Portugais, envoyé du Comité royal des Mathématiciens.

— Le livre Ymago mundi, écrit par l’évêque d’Ailly, se trouve-t-il, par chance, parmi ceux que vous imprimez ?

On me dit avoir entendu parler de ce livre comme d’une somme de savoirs inégalée, mais sans jamais l’avoir vu.

Comme pour se faire pardonner, on tint à me monter les dernières réalisations de l’atelier. Et je dus rempocher le dédain avec lequel j’étais venu : certaines des œuvres imprimées valaient nos productions enluminées.

À peine avais-je évoqué la bible magnifique que possédait mon Roi portugais que je faillis être noyé. Les deux employés du magasin s’étaient précipités vers les rayonnages. Ils en revinrent les bras chargés :

— Que dites-vous de celle-ci ?
— Non, je crois que le jeune monsieur préférera celle-là !

Ils se bousculaient pour mieux me montrer, ils s’invectivaient.

Certaines bibles étaient simples, tristes, lettres noires un peu baveuses sur mauvais papier gris. D’autres, de vrais chefs-d’œuvre, illuminées par trois couleurs, mises en page, comme des frontons d’églises…

Comment échapper aux bibles ?

De même que, dans le Livre sacré, les histoires engendrent les histoires, toujours de nouvelles histoires, de même les bibles semblaient enfanter d’autres bibles, encore et encore des bibles. Peut-être un jour, sans fin multipliées par ces machines magiques de l’imprimerie, les bibles envahiraient-elles la Terre et y étoufferaient les humains ? Je me gardai bien d’exprimer ces fort iconoclastes songeries.

Avec prudence, et non sans avoir protesté de ma déférence envers les textes sacrés, bénis soient-ils, je demandai s’ils avaient d’autres publications disponibles.

— Dans quel domaine ? Notre catalogue s’étend tous les mois.

Je balbutiai le mot Science.

Les deux jeunes grimacèrent, manifestement déçus : ils avaient cru mes préoccupations plus élevées. Ils allèrent fouiller dans l’arrière-boutique et m’apportèrent à bout de bras, comme si elles puaient, des publications qu’ils jugeaient mieux convenir à mes intérêts. Il faut dire qu’elles concernaient notre machinerie corporelle.

Le vendredi 12 avril 2013, par Angelina
Modification de l'article le : 12 avril 2013.

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