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Le cas Sneijder

L’homme qui tombe à pic, deux fois.

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Où il est question de chutte : Le cas Sneijder, c’est le récit par le héros de sa propre chute. A double titre. Tout débute par un accident d’ascenseurs. L’habitacle se détache et Paul est le seul survivant de la chute. Sa fille qui était avec lui, meurt sous ses yeux.

Cet accident, et le décès de sa fille va agir dans la vie de Paul comme un révélateur. D’abord vis à vis de sa femme - qui avait toujours refusé de recevoir la fille de Paul, issue d’une première noce - ensuite de son travail qu’il quitte sans regrets. Les Fils de Paul et d’Anna vont trinquer aussi. Le narrateur fait une description terrible des relations avec les deux monstres d’égoïsme que sont ses deux fils. Leur gémellité servant visiblement à les rendre encore moins humains.

Paul qui a vécut lâchement jusque là, va couper peu à peu couper les ponts avec sa vie précédente pour se rapprocher de la meute de chiens qu’il promène. En effet, ne pouvant pas rester enfermé, il trouve un emploi de promeneur canin. Et même si sa famille reprouve ce travail trop peu qualifié, Paul y trouve un nouveau mode de vie et un nouvel équilibre.

L’autre point d’entrée du roman, ce sont les ascenseurs. En cherchant à comprendre comment celui qui a brisé sa vie a pu se décrocher, Paul accumule les lectures sur l’univers funky des ascenseurs. Ce sont alors de nombreuses anecdotes intéressantes qui sont distillées ça et là. C’est surtout tout une réflexion sur ce que les ascenseurs ont apportés à l’humanité.

L’ascenseur ne permet pas seulement d’économiser sa peine, non ; il façonne un monde vertical dans lequel la concentration humaine devient possible. Aucune mégalopole n’est concevable sans ascenseurs. De là à dire qu’il déshumanise la société en la rendant plus individualiste, il n’y a qu’un étage, et on ne prends pas l’escalier.

Dans un style toujours impeccable et aussi peu tape à l’oeil que possible, Jean-Paul Dubois fait encore une fois un coup au but. Un livre sur un type dépressif, promeneur de chiens le jour et qui étudie tout ce qu’il peut la nuit, sur la techniques de l’ascenseur, ce n’est pas facile à vendre. Le sujet n’est pas vendeur et on sent bien que ce n’est pas le but de toutes manières. Mais Jean-Paul Dubois n’a pas son pareil pour faire rire, même d’un drame affreux en créant malgré tout des situations hautement cocasses à partir d’éléments parfaitement sinistres. C’est pour ça qu’on l’aime.

Quelques lignes...

- Tu t’es fait embaucher, à ton âge, comme promeneur de chiens ? Mais c’est un boulot de gamins, ça ! Ça n’a aucun sens ! Tu vas me faire le plaisir de laisser tomber cette idée, je crois vraiment que tu perds la tête.
- Je vais faire ce travail. Et je commence lundi prochain.
- Et handler, c’est quoi ?
- Il faut présenter des chiens de race dans des concours, courir à côté d’eux. C’est un peu ridicule, mais ce n’est que deux fois par mois.
- Un peu ridicule ? Promeneur et montreur de chiens. Enfin tu as pensé à moi quand, chez Bell, mes amis vont me demander ce que tu deviens et que je vais devoir leur répondre : “Il va bien, il a remonté la pente et trouvé un emploi qui lui convient, il promène des chiens.” Je ne peux pas croire que tu aies imaginer faire une chose pareille !
- Écoutes, pense ce que tu veux, mais pour le moment cet emploi me convient parfaitement. J’ai besoin de temps, besoin d’être dehors, de marcher. Je n’arrive plus à vivre comme avant.
- Eh bien, dans ce cas, fais toi soigner ! Il y a des gens dont c’est le métier. Tu espères quoi, avec tes chiens ? Est-ce que tu te rends compte ?
- Je suis fatigué, Anna. Fatigué de voir que tu ne comprends rien à rien, que tu ne vois rien. Tu m’emmerdes avec tes alarmes et tes univers à haut potentiel. je ne comprends plus rien à ce que tu dis ni à ce que tu vis. La seule chose qui me paraisse encore vivante dans cette maison, ce sont les cendres de ma fille. La nuit, je lis des livres sur les ascenseurs, j’essaye de comprendre, je ne sais même pas quoi. Je cherche quelque chose dont je n’ai pas la moindre idée.
- Tu as surtout besoin de voir quelqu’un, je t’assure, et vite ! Et si tu n’appelles pas, c’est moi qui le ferai !
- Tu ne feras rien du tout. Et lundi matin je me rendrai à mon travail normalement. Toi, tu iras sur l’île avec ta voiture et moi, je prendrai le bus. Direction “Cité du Havre”. Et nous serons sur l’île, chacun de notre côté. Tu feras tes calculs savants et moi, je promènerai des chiens qui ne le sont pas. Il en sera ainsi. Parce que je l’ai décidé et qu’il s’agit de ma vie. Maintenant tu peux penser ce que tu veux.
- Mon pauvre ami, tu es en chute libre, tu entends, en chute libre ! Regarde-toi, bon sang ! Tu me fais pitié ! Je te trouve pathétique !
Anna se leva d’un bond et se dirigea vers la porte d’entrée. Elle saisit son manteau et sortit de la maison, comme un vicaire poursuivi par le diable. La sanction des capteurs fut immédiate. Ma femme fut scannée et détectée. Comme je n’avais pas encore débranché les circuits, ce fut un jeu d’enfant pour la fantasque machine de lancer ses sirènes retentissantes et de la dénoncer dans la nuit, comme une intruse.
Pour une fois que la machine avait vu juste. Quand elle se tut, j’eus un instant la tentation de réenclencher le mécanisme pour qu’il foudroie Anna à son retour, dès qu’elle poserait le pied sur le perron. Mais mon flux acrimonieux se tarit rapidement et je coupai l’alarme pour qu’elle puisse se glisser chez nous en toute discrétion.

Quelques critiques ailleurs du cas Sneidjer

Le dimanche 27 janvier 2013, par Angelina
Modification de l'article le : 27 janvier 2013.

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