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Robe de marié

Lemaître en perversion ?

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Avec Robe de marié, Pierre Lemaître signe un roman particulièrement pervers, remarqué par de nombreux lecteurs, à juste titre. Vous cherchez un thriller sympa comme compagnon de transat ? Robe de marié est sans doute le bon choix.

Une intrigue implacable

En voilà un roman tordu ! il faut être un drôle de coco pour inventer une histoire pareille ! La perversion de l’histoire est assez surprenante. Et pourtant j’en ai lu des polars... Mais là, chapeau ! Pierre Lemaître est... un maître. C’est donc l’histoire de Sophie dont la mémoire flanche par moment et qui n’est plus trop sure de ce qu’elle a fait ou pas fait. Sophie survit de petit boulot en mi temps. En ce moment elle est babysitteuse. Déboussolée comme elle est, s’insérer sur le marché du travail, ce n’est pas facile. Sur les conseils de son médecin, elle note ses faits et gestes sur de petits calepins pour pouvoir à posteriori reconstituer le fil de ses journées. Cela ne marche pas car elle perd ses carnets.

Et puis un jour tout s’accélère et les malheurs de Sophie prennent une tournure beaucoup plus grave. Sophie se réveille d’une de ses absences dans la chambre de Léo, le petit qu’elle garde pendant que ses parents travaillent. Et Léo est mort. Il a été attaché puis étranglé. Le pire pour Sophie, c’est que compte tenu de ses absences et de la folie qu’elle sent progresser, elle n’est même pas sure d’être innocente. Je vais me contenter d’un résumé succinct de l’histoire, car trop en dire vous gâcherait le plaisir.

Une construction impeccable

Robe de marié est bâti sur quatre parties très cohérentes et très efficaces (surtout les deux premières qui m’ont laissé l’impression d’avoir pris un coup de poing dans l’estomac), qui se répondent et éclairent d’un jour neuf ce qui nous a déjà été présenté et expliqué précédemment, mais sous un autre point de vue.

Chaque partie apporte son lot de surprises et d’étonnements et même si l’histoire résumé paraitrait énorme et impossible, c’est bien amené. On y croit. Si la première partie donne envie de refermer le roman tant le personnage de Sophie écœure, la seconde partie m’a complétement conquise. Là encore, je vous laisse dans la brume pour ne pas éventer les secrets que recèle ce roman, mais faîtes-moi confiance, vous ne serez pas déçues par ce livre !

Quelques lignes...

Combien de temps ? Elle ne sait pas. Elle rouvre les yeux. La première chose qui vient à elle, c’est l’odeur de son tee-shirt plein de vomissures.

Elle est toujours assise par terre, le dos contre le mur de la chambre, à regarder le sol, obstinément, comme si elle voulait que plus rien ne bouge, ni sa tête, ni ses mains, ni ses pensées. Rester là, immobile, se fondre dans le mur. Quand on arrête, tout doit s’arrêter, non ? Mais cette odeur lui soulève le cœur. Elle remue la tête. Mouvement minimal vers la droite, du coté de la porte. Quelle heure est-il ? Mouvement inverse, minimal, vers la gauche. Dans son champs de vision, un pied de lit. C’est comme un puzzle : il suffit d’une seule pièce pour reconstituer mentalement l’ensemble. Sans bouger la tête, elle remue à peine les doigts, sent une chevelure, remonte comme une nageuse vers la surface où l’horreur l’attend mais elle s’arrête aussitôt, transpercée par une décharge électrique : le téléphone vient de se mettre à hurler.
Sa tête, cette fois, n’a pas hésité et s’est tournée immédiatement vers la porte. C’est de là que vient la sonnerie, du poste le plus proche, celui du couloir, sur une table en merisier. Elle baisse les yeux un instant et l’image du corps de l’enfant la percute : couché sur le côté, sa tête sur ses genoux, dans une immobilité qui le fait ressembler à un tableau.

Il y a là, à demi allongé sur elle un enfant mort, une sonnerie de téléphone qui ne veut pas s’arrêter et Sophie, qui a la garde de cet enfant, qui répond ordinairement au téléphone, assise contre le mur, la tête dodelinant d’un coté à l’autre, à respirer ses vomissures. La tête lui tourne, le malaise la saisit de nouveau, elle va s’évanouir. Son cerveau est en train de fondre, sa main se tend désespérément, comme celle d’une naufragée. C’est une impression due à son affolement mais il lui semble que la sonnerie a monté d’un ton. Elle n’entend plus que cela maintenant, qui lui transperce le cerveau, la remplit et la paralyse. Les mains en avant puis sur le côté, en aveugle, elle cherche à tâtons un appui, trouve enfin quelque chose de dur, à droite, à quoi s’accrocher pour ne pas sombrer tout à fait. Et cette sonnerie qui n’en finit pas, qui ne veut pas s’arrêter... Sa main a agrippé le coin de la tablette où est posée la lampe de chevet de Léo. Elle sert de toutes ses forces et cet exercice musculaire fait un instant refluer le malaise. Et la sonnerie s’arrête. De longues secondes s’écoulent. Elle retient sa respiration. Son cerveau compte, lentement... quatre, cinq, six... La sonnerie s’est arrêtée.

Elle passe un bras sous le corps de Léo. Il ne pèse rien. Elle parvient à déposer sa tête sur le sol et, dans un effort démesuré, à se mettre à genoux. Maintenant le silence est revenu, presque palpable. Elle respire par à-coups, comme une femme qui accouche. Un long filet de salive coule de la commissure de ses lèvres. Sans tourner la tête, elle regarde dans le vide : elle cherche une présence. Elle pense : il y a quelqu’un ici, dans l’appartement, quelqu’un qui a tué Léo, quelqu’un qui va me tuer moi aussi.

À cet instant, la sonnerie du téléphone retentit à nouveau.

Le lundi 11 juillet 2011, par Angelina
Modification de l'article le : 16 mai 2015.

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