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World War Z

La Guerre des Zombies a bien eu lieu

De : Max Brooks
Traduit par : PATRICK IMBERT
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Après son étrange Guide de survie en territoire zombie, Max Brooks remet le couvert avec un nouveau livre sur me thème des zombies paru en 2010 (ben oui je sais je retarde un peu).

Visiblement la mode de la goule putride ne s’essouffle pas : Walking Dead marche assez fort à la télévision et en BD (pas mal du tout d’ailleurs, cf : Walking Dead 1. ), le guide de survie de Max Brooks a fait parler de lui, et c’est maintenant au tour de World War Z d’être adapté au cinéma avec dans le rôle titre, Brad Pitt ; Vous reprendrez bien un peu de gore messieurs dames ?

Hop je vous colle la bande annonce qu’on voit partout alors pourquoi pas ici aussi.

Alors, World War Z, ça raconte quoi ?

Et bien c’est “l’histoire orale de la guerre des zombie”, et c’est récit bâti par un narrateur (j’ai besoin de dire fictif ?) payé par l’ONU pour rassembler des faits et des données exploitables sur le conflit. Le narrateur parcours donc le monde entier et s’entretient avec des personnes ayant eu une part plus ou moins importante dans le conflit.

Ceux qui rigolaient devant la prétendu inutilité du “guide de survie en territoire zombie” rient moins. Beaucoup d’entre eux traîne même la patte en grognant dans un coin sombre.

En effet, la guerre des zombies a bien eu lieu, l’humanité a été décimée en un rien de temps et bien évidemment, tout l’équilibre géopolitique de la planète s’en est trouvé chamboulé.

De fil en aiguille, la chronique de cette guerre dans de petits chapitres très courts donne à voir un portrait d’ensemble de la guerre des Zombie qui surprend par son ampleur. Chaque pays qui compte un tant soit peu sur un planisphère aura droit à son à son moment édifiant, à un personnage pittoresque.

Mon humble avis

Une des choses que j’ai préféré dans ce livre : c’est son coté prospectif. Max Brooks pousse l’hypothèse d’une invasion zombi jusqu’au bout, et imagine ce que pourrait être le monde pendant la guerre, mais aussi après. Le texte est plein d’idées, de réflexions et de malice aussi : Cuba est ainsi devenu la première puissance économique mondiale grâce à une stratégie efficace de lutte contre les goules réanimées. Dans le livre, c’est crédible...

C’est bien fait, y a rien à dire. Le style est assez pauvre mais le sous-titre du livre étant : Une histoire orale de la guerre des zombies ; On est prévenus ! L’oralité tient une grande place dans le livre et permet à Max Brooks de s’affranchir des tracasseries formelles. Il livre un texte avant tout efficace, parfois drôle et sans temps morts.

Quelques lignes...

LES MÉTÉORES, GRÈCE

Les célèbres monastères s’élèvent aux sommets d’énormes rochers, véritables colonnes minérales aussi inaccessibles qu’escarpées. Conçus à l’origine pour servir de refuges contre les invasions turco-ottomanes, ils ont fait preuve de la même efficacité contre les morts-vivants. Les escaliers d’après-guerre, en bois ou en métal - et tous facilement rétractables -, canalisent le flux sans cesse croissant des pèlerins et des touristes. Les Météores constituent désormais une destination très populaire. Certains viennent y chercher sagesse et lumière spirituelle, d’autres seulement la paix. C’est le cas de Stanley MacDonald. Vétéran de la quasi-totalité des campagnes menées par son Canada natal, il a rencontré son premier mort-vivant lors d’une autre guerre, très différente, quand le Troisième Bataillon d’Infanterie Légère Canadienne de la princesse Patricia participait à une opération antidrogue, au Kirghizistan.

Merci de ne pas nous confondre avec les Alpha Teams américains. Ça s’est passé bien avant leur déploiement, bien avant la Grande Panique, bien avant la quarantaine israélienne... Avant même la première grosse épidémie du Cap, en fait. On en était au tout début, personne ne savait ce qui allait nous tomber dessus. Nous remplissions une mission tout ce qu’il y avait de conventionnelle : opium et cannabis, les deux plantations de base des terroristes du monde entier. On ne trouvait jamais rien d’autre dans ces bleds caillouteux. Des trafiquants, des bandits et leurs gardes du corps locaux. Et on ne s’attendait qu’à ça. On nous avait formés pour ça.

L’entrée de la grotte était facile à trouver. On l’avait repérée grâce aux traces de sang qui partaient de la caravane. D’entrée de jeu, on a su que quelque chose clochait. Il n’y avait aucun corps. Pourtant, les bandes rivales laissaient toujours leurs victimes bien en évidence - et mutilées - en guise d’avertissement. Il y avait du sang partout, du sang, des morceaux de viande pourrie et les cadavres des mules. Elles avaient manifestement été tuées par des animaux sauvages, pas à coups de fusil... Couvertes de morsures... Et éventrées. Sans doute une meute de chiens sauvages. C’est ce qu’on s’est dit, sur le moment. On en trouvait des centaines dans ces vallées, aussi vicieux et massifs que des loups.

Mais le plus surprenant, c’était la cargaison. Elle était encore là, bien accrochée aux selles ou éparpillée autour des carcasses. Pour une question de territoire, une simple histoire de vengeance religieuse ou tribale, personne n’abandonne comme ça cinquante kilos de Bad Brown1 première qualité, personne ne laisse traîner des fusils d’assaut dernier cri ou des petits objets de valeur, montres, lecteurs minidisc ou GPS.
Les taches de sang s’étalaient tout le long du sentier de montagne depuis la zone du massacre, dans le wadi.

Beaucoup de sang. Le type en avait perdu une quantité incroyable. Jamais il n’aurait dû se relever. Seulement voilà, il l’avait fait. Et personne ne l’avait soigné. Il n’y avait aucune autre trace. D’après ce qu’on pouvait voir, il avait couru un moment avant de tomber face contre terre - on distinguait encore son visage ensanglanté imprimé dans le sable. Il avait réussi à ne pas s’étouffer et à ne pas perdre tout son sang. Il était resté allongé quelque temps, puis il s’était remis debout et avait repris sa route. La nouvelle piste n’avait rien à voir avec la précédente. Plus lente, des enjambées plus courtes. Il avait le pied droit traînant- on a retrouvé une chaussure, une Nike haut de gamme tout abîmée. La piste était constellée de gouttes. Pas du sang, non, rien d’humain, de grosses gouttes d’une sorte de boue croûteuse qu’on n’a pas réussi à identifier. On les a suivies jusqu’à l’entrée de la grotte.

Personne ne nous a tiré dessus, aucune résistance, rien. L’entrée était dégagée et ouverte à tout vent. On a tout de suite repéré les cadavres, des hommes pris à leur propre piège. On aurait dit qu’ils avaient couru, ou tenté de fuir... vers la sortie.
Derrière eux, dans la première salle, on a trouvé les premières traces d’un combat manifestement inégal, vu qu’un seul mur de la grotte était constellé d’impacts de balles de petit calibre. Les tireurs s’étaient postés de l’autre côté. Tous déchiquetés. Leurs membres, leurs os... Arrachés et rongés... Certains cadavres tenaient encore leur arme. On est même tombé sur une main agrippée à un vieux Makarov. Avec un doigt en moins. Je l’ai trouvé un peu plus loin, avec un autre homme désarmé qui avait encaissé une bonne centaine de balles. Plusieurs coups lui avaient carrément cisaillé le haut de la tête. Et il avait encore le doigt coincé entre ses dents. Même topo dans les autres salles. On a découvert des barricades défoncées et d’autres cadavres, souvent en morceaux. Les seuls encore intacts avaient pris une balle en pleine tête. On a trouvé de la viande à moitié mâchée, de la chair coincée dans leur bouche, leur gorge et leur estomac. D’après les traînées de sang, les douilles et les débris, on devinait que la bataille avait commencé à l’infirmerie.

Là, on a découvert plusieurs matelas ensanglantés. A l’autre bout de la pièce, il y avait un type décapité... Un docteur, je suppose. Il était allongé à même le sol, à côté d’un matelas aux draps souillés, avec une Nike dernier cri tout abîmée au pied gauche.

La dernière grotte s’était effondrée, sans doute à cause de l’explosion d’une grenade antichar. Une main dépassait des gravats. Elle remuait encore. J’ai réagi par instinct, je me suis précipité pour l’attraper. Cette poigne... De l’acier. Elle a failli me briser les doigts. J’ai essayé de reculer, de m’en débarrasser, mais elle ne me lâchait pas. J’ai tiré encore plus fort en plantant mes pieds solidement au sol. Le bras a commencé à se libérer, puis la tête, le visage ravagé, les yeux écarquillés et les lèvres toutes grises. Son autre main m’a agrippé le bras et a commencé à serrer. Ses épaules se sont dégagées. Je suis tombé en arrière, avec la moitié de cette chose accrochée à moi. Son bassin était encore coincé dans les débris, relié au torse par un long morceau d’intestin. Et il bougeait encore, il me serrait, il essayait de me bouffer le bras. J’ai sorti mon arme.

Le coup est parti d’en dessous, à bout portant, juste en dessous du menton... Sa cervelle a giclé jusqu’au plafond. J’étais seul dans la salle, à ce moment-là. Pas d’autre témoin... Évidemment.

« Exposition à un agent chimique inconnu », c’est ce qu’on m’a dit à mon retour à Edmonton. Ça, plus les effets secondaires d’un de nos propres traitements prophylactiques, paraît-il. Ils ont saupoudré le tout de SPT2 pour faire bonne figure. Tout ce dont j’avais besoin, c’était de repos. De repos et d’une
« évaluation à long terme »...

« Évaluation... » Quand on est du bon côté, sans doute. L’ennemi, lui, il appelle ça un « interrogatoire ». À l’armée, on apprend à résister à l’adversaire, à se protéger mentalement. Mais on ne nous apprend pas à résister à notre propre camp, surtout quand on entend nous « aider » à discerner la « vérité ». Ils ne m’ont pas fait craquer, moi, j’ai craqué tout seul. Je voulais les croire et je voulais qu’ils m’aident. J’étais un bon soldat, bien entraîné, expérimenté ; je savais ce que j’étais capable d’infliger à autrui, et ce que je pouvais moi-même supporter. Je me croyais prêt à tout. [Ses yeux embrassent la vallée en contrebas, l’air absent.] Mais quelle personne saine d’esprit aurait pu s’attendre à un truc pareil ?

WORLD WAR Z Première publication : Three Rivers Press, New York, 2006.

Le mercredi 19 juin 2013, par Tom Peyssoux
Modification de l'article le : 19 juin 2013.

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