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XY, de Sandro Veronesi

Je donne ma langue au chat

De : Sandro Veronesi
Traduit par : Jean-Paul Manganar
Titre original : XY
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Un prêtre et une psychiatre se retrouve réuni dans un petit village italien, coupé de tout par la neige et la montagne alors que celui-ci est endeuillé par un un évènement inexplicable. 11 personnes sont retrouvés mortes ; mais toutes sont mortes à la même heure, de mort différentes ; certaines violentes, d’autres naturelles. L’évènement est aussi incompréhensible à la foi du prêtre qu’à la raison cartésienne de la psychiatre.

San Giuda est un petit village italien, sis au milieu des montagnes, peuplé de 42 âmes et totalement coupé du monde. La seule route qui le relie à l’extérieur est enneigée. Les ondes ne passent pas la barrière des montagnes, on y reçoit ni la télé, ni la radio. Le petite communauté vit apparemment soudée autour de son prêtre et dans l’adoration du saint patron local Saint Judas (Giuda). Mais attention, il ne s’agit pas du traître Judas, mais du patron des causes perdues, des désespérés ; un petit détail qui aura son importance...

Seules attractions du coin, les promenades à traîneau que propose Beppe Formento aux quelques touristes égarés dans le bourg. Mais un matin, l’attelage revient au village tiré par un cheval apeuré. Le traîneau est vide et des recherches s’organisent rapidement.

En suivant la piste, les villageois découvrent 11 corps au pied d’un arbre couvert de sang gelé, ce qui lui donne une horrible est très impressionnante teinte rouge. Au cœur d’un paysage enneigé, l’effet est spectaculaire. Autre bizarrerie révélée par l’enquête de la police, les onze personnes sont toutes mortes de façon différentes, mais toutes à la même heure. Et à chaque nouvel élément de l’enquête, à chaque fait établi, le mystère s’épaissit. Rien ne colle ni ne permet d’expliquer logiquement l’événement. L’incompréhension est telle, que les autorités préfèrent maquiller les résultats de l’enquête pour pouvoir servir une explication plausible bien qu’un peu grotesque : une attaque terroriste. Pour elles, tout vaut mieux que dire “on ne comprends pas, on est incapable de dire ce qui s’est passé”.

Seuls à ne pas accepter la version officielle, le prêtre du village va demander de l’aide à une psychiatre de la vallée. Ensemble, ils vont tenter de comprendre, avec chacun leur méthode. Par un questionnement de sa foi pour lui, par une démarche rationnelle est scientifique pour elle. Il faut dire que la petite communauté est complètement retournée par l’évènement, et que les habitants commencent à devenir fous. Ils ne seront pas trop de deux pour essayer de soulager les villageois et tenter de répondre aux questions qui sont sur toutes les lèvres : Pourquoi ? et surtout pourquoi ici ?

Mi-polar, mi-fable, Sandro Veronesi propose ici un roman hybride, dans lequel le mystère et son acceptation est au centre de tout. C’est surtout un roman qui casse les codes et qui bousculera vos références mais n’oubliera pas de vous tenir en haleine. J’ai adoré !

Quelques lignes...

Nous y sommes allés à trois : le frère de Beppe, Sauro Formento, son fils Zeno, et moi. Nous avons pris les motoneiges. La chute de neige s’était épaissie, des flocons gros et lourds, tenaces, qui au contact avec la peau ne fondaient pas. Je conduisais une des motoneiges, et Zeno l’autre : Sauro, le chef de famille, le père, le frère aîné, le patriarche et le commandant de tout, à San Giuda, ne pouvait pas la conduire, à cause de son bras blessé. il avait eu deux infarctus et une apoplexie qui lui avait bloqué le bras droit. Il ne pouvait vraiment pas la conduire, et pour tout dire, il valait mieux qu’il ne fasse rien, tout seul, même s’il en avait encore la force : c’est pour cette raison que son fils Zeno était toujours près de lui, sombre et taciturne - et étrange, comme tous le disaient, depuis qu’il avait quitté l’équipe nationale de saut à ski, à dix-huit ans, et s’était enfermé à San Giuda. Nous avons pris la route vers la forêt, dans une blancheur aveuglante, avec la neige qui nous fouettait le visage. En tombant si drue, elle avait déjà effacé les traces du traîneau : c’est pour cela que nous avancions très doucement, et de temps en temps, d’ailleurs, Zeno s’arrêtait pour vérifier s’il était encore sur la route et non pas, mettons, dans le champs des jumeaux Antonaz - parce que, avec ce brouillard et cette chute de neige on pouvait finir par se perdre, même chez soi, même en parcourant la seule route qui existait. D’ailleurs, où allions-nous ? Nous ne nous étions rien dit, nous étions partis et c’est tout. Aucun de nous trois n’avait exprimé les craintes que nous avions immédiatement éprouvées en voyant le traîneau vide et ce pauvre cheval halluciné, et il y avait quelque chose de faux dans notre expédition, comme une réticence, comme un refoulement : le discernement avec lequel Zeno conduisait donnait à penser que nous savions ce que nous étions en train de faire, que nous allions dans la bonne direction, utilisant la prudence qu’il fallait, que nous étions productifs, opérationnels ; il y avait en somme, dans nos agissements, l’illusion de quelque chose de concret, ce qui semble à présent ridicule, tandis qu’à ces instants-là ça devait même paraître naturel, étant donné la situation. D’ailleurs, il est maintenant très difficile, pour moi, de me rappeler ce que j’éprouvais alors : ce qui est arrivé tout de suite après déferle dans ma mémoire, et envahit même ce qui a précédé. J’étais certainement préoccupé, mais je n’arrive pas à me souvenir de l’entité réelle de cette préoccupation, et j’ai même beaucoup de mal à admettre qu’il y avait aussi, comme il y en avait sûrement, un peu d’espoir - la conviction ingénue que, quoi qu’il fût arrivé, nous aurions pu y faire face. Le fait est que le temps coule dans une seule direction, mais on n’arrive à en comprendre le sens qu’en le parcourant de nouveau en sens inverse : c’est pourquoi, à présent, je nous revois en train d’aller tous les trois droit dans la gueule du diable, mais en réalité ce n’était pas comme ça, nous ne savions pas où nous allions, nous n’avions pas la moindre idée de ce qui nous attendait.

Le mardi 14 mai 2013, par Angelina
Modification de l'article le : 14 mai 2013.

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