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Cleer de Laurent Kloetzer

Une fantaisie corporate

De : Laurent Kloetzer
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Dans un futur légèrement anticipé, on découvre au travers deux salariés d’un conglomérat géant, Cleer, ce que pourrait être la méthode de management et gestion d’entreprises dans le futur.

Cleer est une entreprise énorme, son siège social est situé dans une tour si haute qu’elle semble toucher le ciel. Son fond de commerce ? Racheter des entreprises de toutes sortes, quelque soit l’activité, pour les rendre le plus efficaces et productives possible.

Le vrai savoir faire de Cleer, c’est sa méthode, qui repose sur le service de « Cohésion interne ». Son rôle est de lever les freins, de dénouer les conflits, résoudre les problèmes. Chaque usine sous la coupe de Cleer se doit de produire en respectant les processus imposés. L’objectif affiché : obtenir l’optimum en matière de rentabilité.

Nous suivons donc Charlotte et Vinh, deux salariés fraichement embauchés, au travers de nouvelles ou leur entreprise leur donne mandat pour enquêter et résoudre des problèmes qui interviennent dans les filiales du groupe. Ainsi, ils devront se rendre dans un call center pour comprendre pourquoi les opératrices se suicident les unes après les autres. On les expédient plus loin dans une histoire de semences génétiquement modifiées, etc.

On le voit, Kloetzer utilise des thèmes d’actualités comme base pour ces nouvelles. C’est à mon avis le premier ingrédient nécessaire à une œuvre de science fiction. C’est même le minimum syndical. De ce point de vue le contrat est rempli.

L’autre bonne idée du livre, c’est le choix des personnages. Charlotte et Vinh, en leur qualité de salariés auraient eu le mauvais rôle sous la plume de nombreux auteurs. En situant ses nouvelles du côté d’une multinationale L Kloetzer change habillement le point de vue. Cela lui permet quelques contrepieds savoureux ou le lecteur s’inquièterait presque de voir le logo de Cleer associé avec tel ou tel scandale de harcèlement ou d’OGM.

Reste que, si l’idée de départ est bonne, la maitrise d’exécution pêche un peu. Franchement, ce n’est pas très bien écrit, des passages entiers ne mènent nulle part (nouvelle ou Vinh perd son ordinateur dans le train..). Cela manque de descriptions et de liant. La psychologie des personnages est expédiée et dans l’ensemble, je trouve le livre techniquement raté. Dommage.

Quelques lignes...

Sept heures trente sur l’esplanade. La Tour sans fins se visse dans les nuages, songe merveilleux de verre et d’acier tiré entre terre et ciel, elle s’illumine pixel par pixel comme les employés du Groupe arrivent à leurs postes de travail. À l’intérieur règne une clarté homogène, accordée aux rythmes biologiques, compensant les insuffisances du soleil automnal : le système Skylife lutte contre la dépression et favorise l’éveil. Soumise à ses lumières, assise dans un des grands fauteuils blancs de l’accueil auprès d’un desk désert, Charlotte Audiberti rêve et attend.

Elle marche sur le quai B, un peu à l’écart du troupeau, là-bas, loin, vers la tête du train, loin des entrées/sorties, là où l’horizon s’élargit vers les anciens bâtiments industriels dont elle n’a jamais compris la fonction. Elle suit la ligne jaune, le gouffre est sur sa droite : rails, traverses vieilles d’un demi-siècle, cailloux, mégots, ordures. Elle pose les pieds soigneusement, funambule à talons hauts sur la ligne jaune, mains légèrement écartées pour garantir un peu d’équilibre. Grondement, tremblement métallique, une masse d’air en mouvement la saisit, la fait vaciller, tourbillonner, le direct de six heures cinquante lancé à pleine vitesse, défilement stroboscopique de lumières tristes, de fenêtres, de visages, son pied manque la ligne, elle pirouette, sa main effleure la paroi mouvante, la sangle de son sac manque de peu une poignée de portière automatique lancée à trente mètres par seconde. Instant d’ivresse, de sensations, elle tourne sur elle-même comme une gamine, seule au bout de son quai en compagnie du serpent de métal… Fin, le monstre s’éloigne, ses feux arrière se perdent dans la brume de l’aube, le cœur s’apaise, le sommeil et l’ennui reviennent.

Charlotte n’habite pas en banlieue. Elle ne prend plus la ligne Greneille-Sarcelay depuis des années. Elle n’aime pas le souvenir trop précis de ce quai ; elle est venue ce matin en métro. Cette vie dont elle ressent encore l’impression n’est pas la sienne, elle ne l’a jamais été. Elle paraît pourtant l’attendre à portée de main, de l’autre côté de la surface fragile des choses. Une existence d’attente morne et de lassitude, proche et familière, alors que Charlotte ne l’a jamais vécue. Pourquoi imaginer cela, pourquoi aujourd’hui ? Ce matin même ? Elle connaît les explications psychologiques. Manifestations d’angoisse, classiques depuis son adolescence. Le savoir ne l’aidera pas à lutter.

Ce roman fait partie de la sélection du premier prix Sony du livre numérique.

Le lundi 27 décembre 2010, par Angelina
Modification de l'article le : 2 avril 2012.

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