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Profession journaliste : conversations avec Martine de Rabaudy

"J’ai tout oublié... plus de mille articles, comment s’en souvenir ?"

De : Françoise Giroud
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Durant ces entretiens avec Martine de Rabaudy, Françoise Giroud livre et raconte des épisodes et des rencontres marquantes dans sa vie de journaliste.

L’ancienne directrice de l’Express et de Elle évoque les grands noms qui ont croisés son parcours : Mauriac, Sarthe, Malraux, Hubert Beuve-Mery, Camus, Pierre et Hélène Lazaref Pierre Mendes-France ou Jean-Jacques Servan-Schreiber.

Ce petit livre court est intéressant à plus d’un titre : Outre les portraits des uns et des autres, ont y découvre également une méthode journalistique basée sur une écriture dense et percutante. (Voyez l’extrait dans le texte ci-dessous), mais aussi sur une cohésion d’équipe. Le thème du travail collaboratif revient souvent et il est évident que pour elle c’est une des clé du succès.

Petit livre idéal pour une première approche de la vie Françoise Giroud et de sa conception du journalisme.

Quelques lignes...

L’armée de Paris
(Extrait de l’un de ses articles paru en février 1962 sur Charonne, publié en épilogue du livre.)

Cette fois, Paris a bougé. Dans l’ordre et le silence.

Cela fait un bruit terrible, le silence de cinq cent mille personnes jaillies de la rue, avançant en rangs serrés, compacts, noirs. C’est le bruit du cœur qui bat, le bruit du sang dans les artères, le bruit que l’on perçoit pas avec les oreilles mais avec sa gorge, comme celui de sa propre voix.
De la colère ? Non. Il n’y avait pas de colère sur les visages. Cette mer humaine n’était pas une mer d’orage. Simplement, une ville debout, bien droite, bien digne, corsetée de calme, marchait, les pieds dans la boue, la tête dans le vent glacé qui soufflait en rafales.

Il y en a qui aiment les défilés militaires, et les uniformes, et les trompettes, et les belles troupes au pas cadencé, et les généraux chamarrés. Mardi, Paris n’offrait pas un spectacle aux vieux petits garçons nostalgiques de leur panoplie.

La foule n’a pas une belle mécanique dans le ventre. La foule a une âme, et des imperméables froissés. La foule est effrayante lorsqu’on la craint. Elle est tendre lorsqu’elle vous berce, lorsqu’on lui appartient, lorsqu’elle est votre force, votre volonté, votre armée.

Paris a levé son armée pour faire, mardi matin, cortège à huit morts.

Qui sont ces morts ? Trois femmes, quatre hommes, un adolescent. Il parait qu’aux yeux des personnes raisonnables, ils sont morts pour rien. Les personnes raisonnables ont bien de la chance. elles savent donc où règne, aujourd’hui, la raison.

Moi, je ne le sais pas. Et je le dis. Si j’ai voulu marcher pendant quatre heures derrière huit boites noires où dorment, de leur dernier sommeil, des gens que je ne connaissais pas, ce n’est pas pour rendre hommage à leur lucidité. Ce n’est pas non plus pour pleurer des larmes de glycérine. C’est parce qu’une personne, plus une personne, plus une personne - non raisonnables - cela finit parfois par faire cinq cent mille personnes. Et pour se permettre de reprocher aux Français de dormir lorsqu’ils dorment, il ne faut pas être dans son lit à l’heure où les autres marchent.

L’émotion, je ne l’ai pas apportée avec moi, préfabriquée, et nourrie à l’avance des notices nécrologiques. Le nom des morts, je les avais lus, comme tout le monde ; oubliés, comme tout le monde.

Le dimanche 28 octobre 2012, par Angelina
Modification de l'article le : 28 octobre 2012.

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