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Photo de passeport d’Ernest Hemingway en 1923

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Hemingway : L’étrange contrée

L’important c’est de rouler en décapotable et d’avoir de bons pneus

De : Ernest Hemingway
Traduit par : Pierre Guglielmina
Titre original : The strange country
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C’est le voyage d’un écrivain (avec un petit air de ressemblance avec Hemingway) avec une femme plus jeune que lui. Ils traversent les États Unis dans ce qui ressemble fort à fuite. Elle est insouciante et heureuse. Lui est préoccupé par la guerre civile espagnole qui se prépare.

On dirait un polar

A Miami, Roger vide son compte en banque, achète une automobile et part vers l’ouest en emmenant Hélèna. De motel en motel, ils séjourneront sous de faux noms, ne resteront pas longtemps au même endroit. On ne sait pas ce qu’ils fuient, mais ils prennent des précautions.

On imagine aisément que la ressemblance entre Roger, le héros et Hemingway n’est pas fortuite. Roger achète les journaux à chaque arrêt. Obsédé par la la guerre qui se profile en Espagne, il se tient informé. Dans sa tête un dialogue intérieur s’installe. Il fuit la guerre en partant vers l’ouest, dans la direction opposé du conflit espagnol. Il s’en veut portant de profiter du voyage avec une jolie femme avec laquelle il parle littérature, plutôt que de rebrousser chemin pour partir vers l’Espagne. Cette voix intérieur exprime le dilemme entre vivre pour soi ou agir pour les autres.

Un texte très intime

Ce texte (d’une centaines de pages) oscille entre nouvelle et roman, mais au fil des pages devient de plus en plus intime. Hélèna s’efface peu à peu pour laisser la place au dialogue intérieur dans lequel Roger s’enfonce.

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Photo de passeport d’Ernest Hemingway en 1923

La route défile mais Roger ne dit presque rien, alors que le personnage féminin le pousse au dialogue. C’est l’absinthe dans un bar de la Nouvelle Orléans qui finira par venir à bout du mutisme de Roger.

Le livre est assez émouvant. Hemingway aurait sans doute préféré rester comme Roger : égoïste dans sa fuite. Mais Hemingway est parti en Espagne en 1937 avec Martha Gelhorn. Comme journaliste il couvrira le conflit aux côtés des républicains. Ce texte est l’aveu d’une tentation. Celle de rester aux États Unis et de s’occuper que de littérature. Avoir fait un choix inverse, un choix difficile et risqué en dit long sur le personnage et sur ses valeurs morales.

Bibliographie de Ernest Hemingway

  • Trois histoires et dix poèmes 
  • De nos jours
  • Le soleil se lève aussi
  • Hommes sans femmes
  • Cinquante Mille Dollars
  • L’Adieu aux armes
  • Mort dans l’après-midi
  • Les Neiges du Kilimandjaro
  • Les Vertes Collines d’Afrique
  • Pour qui sonne le glas
  • En avoir ou pas
  • Dix Indiens
  • Paradis perdu,
  • Au-delà du fleuve et sous les arbres
  • Le Vieil Homme et la Mer,
  • L’Été dangereux. Chroniques
  • Paris est une fête

Quelques lignes...

Miami était étouffant et humide et le vent de terre qui soufflait des Everglades apportait des moustiques même le matin. « Nous partirons aussitôt que nous le pourrons, dit Roger. Il faut que je prenne un peu d’argent. Tu y connais quelque chose en voitures ?
- Non, pas grand-chose.
- Tu pourrais jeter un coup d’œil aux annonces classées dans le journal et voir ce qu’elles proposent, et j’irai chercher de l’argent ici à la Western Union.
- Tu ne Peux Pas en retirer comme ça ?
- Si, si je peux passer mon coup de fil à temps pour que mon avocat puisse l’envoyer » t Ils étaient au treizième étage d’un hôtel sur Biscayne Boulevard et le garçon d’étage était descendu acheter les journaux et faire quelques autres courses. Il y avait deux chambres et elles surplombaient la baie, le parc et le trafic des voitures sur le boulevard. Ils étaient inscrits sous leurs propres noms.
- « Tu prends celle du coin, avait dit Roger. Elle aura peut-être une légère brise. Je vais téléphoner dans l’autre chambre.
- Est-ce-que je peux faire quelque chose pour t’aider ?
- Tu fais les annonces des voitures à vendre dans un journal et je le ferai dans l’autre.
- Quel genre de voiture ?
- Une décapotable avec de bons pneus. La meilleure qu’on puisse avoir.
- Combien penses-tu qu’on aura ?
- Je vais-essayer d’avoir cinq mille dollars.
- C’est fantastique. Tu penses vraiment avoir autant ?
- Je ne sais pas. Il faut que j’aille le travailler maintenant », dit Roger en entrant dans l’autre chambre. Il ferma la-porte, puis l’ouvrit. « Tu m’aimes encore ?
- Je croyais que c’était réglé, dit-elle. S’il te plaît, embrasse-moi maintenant avant que le garçon revienne.
- Bon. » Il la serra fortement contre lui et l’embrassa violemment. « C’est mieux, dit-elle. pourquoi est-ce que nous avons pris des chambres séparées ? 
- Je croyais que j’aurais à être identifié pour toucher l’argent.
- oh.
- Avec un peu de chance on n’aura pas à y rester. »

Le lundi 13 septembre 2010, par Angelina Jelis
Modification de l'article le : 13 septembre 2010.

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