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L’épouvantail de Michael Connelly

Les protagonistes du "Poête", Jack McEvoy et Rachel Walling, sont à nouveau amenés à enquêter ensemble.

De : Michael Connely
Traduit par : Robert Pépin
Titre original : The Scarecrow
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Michael Connelly a été journaliste avant d’être écrivain. L’enquête sur l’épouvantail, un serial killer de la veine du poète, l’amène a nous faire voir la réalité que vivent les journalistes dans les grands quotidiens au États Unis. Plus qu’un roman noir, il signe ici une description passionnante du travail de journalistes et des mutations professionnelle que l’irruption d’internet a engendré.

Un petit mot sur ’histoire

Jack McEvoy, le héros du poète, et le journaliste le plus expérimenté du service criminel du Los Angeles Times. Il est aussi le plus payé. Son directeur des ressources humaines le convoque et lui annonce que cela ne peut plus durer. Jack McEvoy, est licencié. Il lui reste quinze jour pour faire ses cartons et former sa remplaçante, une gamine sans expérience mais qui sait utiliser internet. Amer, Jack McEvoy veut tout de même partir sur un coup d’éclat. Il veut écrire son meilleur article avant de partir : ultime pied de nez à la face de ses directeurs. Jack McEvoy trouve son sujet, un dealer illettré, membre d’un gang est accusé à tort d’avoir tué une jeune femme. L’accusé n’est pas un saint, c’est même tout le contraire, mais Jack McEvoy a la conviction que le meurtre lui a été injustement collé sur le dos. L’enquête, McEvoy va la reprendre entièrement et cela va l’amener sur les traces d’un serial killer extrêmement sadique et dangereux.

Pour l’amateur occasionnel de polar, Michael Connelly a l’avantage de proposer toute une série de romans de bonne facture. On peut en prendre un, voir même n’importe lequel, sans risquer l’erreur fatale. Bien sur les livres de Michael Connelly sont inégaux. Certains sont très bons, d’autres sortent un peu moins du lot... Difficile de faire mouche à tous les coups.

Fil conducteur des romans de Michael Connelly

Pour revenir à l’épouvantail qui nous occupe ici, je le classerai sans hésiter sur le haut du panier. Pas tout en haut, mais pas loin. Le livre a un petit défaut dont je parlerai plus loin, mais le démarrage du livre m’a beaucoup séduite. Si les romans de Michael Connelly ont un fil conducteur, il faut le chercher sans doute dans son passé de journaliste. L’intrigue dans un roman de Michael Connelly, c’est avant tout un moyen de peindre un écosystème.

Les aventures de Harry Bosch nous entrainent dans une description quasi chirurgicale des us et coutumes des flics de Los Angeles. On finit par tout savoir d’eux : les bars et cantines qu’ils fréquentent, leurs procédures qu’ils suivent, la façon dont ils replissent leurs paperasses, les petits trucs utilisés pendant les interrogatoires. Michael Connelly nous montre tout ça dans des textes qu’on pourrait qualifier de quasi reportage, l’aspect fictionnel tenant lieu du prétexte.

Michael Connelly réédite l’exercice avec son héros Michael Haller. Il s’en sert et nous montre à travers lui, le système judiciaire californien vu de l’intérieur. On pourrait se dire, qu’on a déjà vu ça mille fois au cinéma ou dans les séries télévisées. C’est vrai mais je trouve cela beaucoup mieux rendu sous la plume de Michael Connelly. On ne reste pas à la surface des choses. A lire Connelly depuis longtemps, il me semble évident que le travail documentaire a été très approfondit avant d’écrire la moindre ligne.

Pour l’épouvantail, comme pour le poète, le héros et Jack McEvoy, un journaliste au LA times. (On y retrouvera aussi Rachel Walling) C’est dans ce journal que Michael Connelly a travaillé et pour lequel il a couvert les émeutes de Los Angeles. Lorsqu’il décrit la salle de rédaction, il sait donc de quoi il parle. Et ça se sent. C’est la meilleur partie du roman. On a droit a une description exceptionnelle du travail de journaliste et des mutations qu’Internet a introduites. Bousculés par le web, les grands quotidiens perdent de l’argent, dégraissent les salariés, misent tout sur l’instantanéité d’internet. Les mises en ligne s’enchainent mais pour Connelly, le travail d’enquête semble en souffrir.

Le livre a tout de même un petit défaut : sa fin. C’est un peu convenu, sans beaucoup de surprises ni d’enjeu. Je n’en dis pas plus mais l’essentiel du roman a été livré dans la première partie du livre. Et je ne vous parle pas de l’intrigue ici. L’intrigue d’un polar, au fond n’a pas d’intérêt, son rôle et juste de donner envie au lecteur de tourner les pages. Ce qui fait le sel d’un polar, c’est la description du milieu dans lequel l’enquête se joue. C’est là que se trouve la différence entre un bon polar et le tout venant du roman noir. Pour l’épouvantail Michael Connelly a réussit cela très bien au début du livre, mais après, j’ai sentit qu’il n’avait plus grand chose à dire ni à faire avec son histoire. Il l’a achevée, mais sans beaucoup d’inspiration.

Quelques lignes...

Mon week-end ne fut que brouillards d’alcool, de colère et d’humiliation tandis que je me coltinais avec mon avenir sans avenir. Après avoir brièvement retrouvé mes esprits le samedi matin, je sortis mon roman d’un tiroir du bas de mon bureau et commençai à le lire. Et ne tardai pas à voir ce que mon ex avait découvert bien longtemps avant. Ce dont moi, j’aurais dir m’apercevoir tout aussi longtemps avant.
De roman, il n’y avait pas - et je me racontais des blagues à penser que j’en tenais un. La conclusion étant que j’allais devoir tout reprendre du début si c’était bien par là que je voulais aller, je la trouvai débilitante au possible. Et lorsque je pris un taxi pour aller rechercher ma voiture au Short Stop, je finis par y rester tard et fermai même la boutique tôt le dimanche matin après avoir regardé les Dodgers se faire battre à nouveau et, fin saoul, avoir, moi, expliqué à de parfaits inconnus à quel point le Times et toute la presse écrite étaient foutus.
Ce ne fut que tard dans la matinée du lundi que je passai enfin la serpillière derrière moi. J’arrivai au boulot avec trois quarts d’heure de retard après avoir repris ma voiture au Short Stop. L’alcool me sortait encore par tous les pores. Assise dans un fauteuil qu’elle avait emprunté dans un box vide, Angela Cook s’était déjà installée dans mon bureau. Des box vides, il y en avait beaucoup depuis que la direction avait commencé à licencier et racheter des contrats.

- Désolé pour le retard, lui lançai-je. En gros, ç’a été un week-end de perdu. Et il a commencé avec la petite fête de vendredi. Vous auriez dir venir. Elle sourit sagement, comme si elle savait qu’au lieu d’une fête l’affaire s’était réduite à une veillée funèbre en solo.
- Je vous ai pris du café, dit-elle, mais il doit être froid.
- Merci.
Je m’emparai du gobelet qu’elle me montrait et, oui, le café y avait refroidi. Mais ce qu’il y avait de bien àla cafétéria du Times, c’est qu’on pouvait en reprendre gratuitement.
- Que je vous dise, lui lançai-je. Je vérifie au desk et s’il n’y a rien d’important, on va se resservir et on parle de la façon dont vous allez prendre la suite.

Je la laissai et sortis du royaume des box pour rejoindre le service Métro. Et, chemin faisant, m’arrêtai au standard. On aurait dit un poste d’observation de maître nageur au beau milieu de la salle, et si haut perché qu’y voyant tout d’un bout à l’autre, les opératrices savaient toujours qui était là et pouvait recevoir un appel. Je me plaçai à côté du poste de façon à ce que l’une de ces opératrices puisse me voir en baissant la tête. C’était Lorene, et elle avait été de service le vendredi précédent. Elle leva un doigt en l’air pour me dire d’attendre. Elle géra vite deux transferts d’appel, puis elle décolla l’écouteur de son oreille gauche.
- J’ai rien pour toi, Jack, me dit-elle.
- Je sais. Je voulais te demander pour vendredi. Tu m’as passé un appel en fin d’après-midi. Une certaine Wanda Sessums. T’aurais pas trace de son numéro par hasard ? J’ai
oublié de le lui demander.

Elle remit son casque en place et s’occupa d’un autre appel. Puis, sans libérer son oreille, elle m’informa qu’elle n’avait pas le numéro. Elle ne l’avait pas noté tout de suite et le système ne conservait que la liste des cinq cents derniers appels reçus. Plus de deux jours s’étaient écoulés depuis que Wanda Sessums m’avait téléphoné et le standard recevait pas loin de mille appels par jour.

Le mardi 2 novembre 2010, par Angelina
Modification de l'article le : 2 novembre 2010.

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