Quelques mots sur l’histoire
L’ombre du vent, commence par une jolie relation père fils. Le premier emmène le second au Cimetière des livres oubliés. Ce lieu est connu des bibliophiles barcelonais initiés. Cette vaste bibliothèque est un refuge pour les livres passés de mode, ceux qui ne sont plus édités, ceux que plus personne ne lit. Le garçon doit choisir un livre et faire le serment de l’adopter et de le défendre durant toute sa vie.
Daniel Sempere, le jeune homme et narrateur, ne se doute pas alors que sa vie sera profondément influencée par le livre qu’il a choisi : L’ombre du vent. L’ouvrage élu est signé de l’énigmatique Julian Carax dont personne ne sait rien.
Daniel Sempere, désœuvrée après le décès de sa mère sera profondément touché par le livre de Carax et commencera à chercher d’autres ouvrages de Carax. Aidé par les accointances de son père libraire, il écume collectionneurs et bouquinistes de Barcelone pour en savoir plus sur Carax.
Mais Julian Carax est un artiste maudit, sa trace se perd dans un bordel de Paris où il occupe un petit emploi de joueur de piano. Daniel se rend compte rapidement que si bien peu de gens connaissent Carax c’est parce que un personnage énigmatique rachète ses livres pour les bruler.
La quête de Daniel Sempere durera vingt ans pendant lesquels il marchera sur les traces de Carax, retrouvant des lieux, des femmes et des amis que l’écrivain maudit aura connus.
Une construction impeccable
Tantôt roman d’apprentissage, tantôt roman historique, l’histoire de L’ombre du vent est accrocheuse. Les 600 pages du livres sont très digestes et je ne me suis pas ennuyée une seconde. L’ombre du vent m’a rappelé le roman de Théodore Roszak, La Conspiration des ténèbres que j’avais beaucoup apprécié aussi. (Une intrigue assez similaire d’ailleurs, puisqu’on recherche un cinéaste maudit chez Roszak.)
Ce qui m’a le plus impressionnée dans ce livre, c’est sa construction : les destins de Daniel Sempere et de Julian Carax sont quasiment symétrique. Ils se répondent et s’enrichissent l’un de l’autre, malgré le temps et malgré la guerre civile espagnole qui sépare les deux générations. La Barcelone du premier n’est pas tout à fait celle du second, mais peu importe, les drames familiaux sont insensibles aux aléas politiques.
De plus, de multiples personnages vont également peupler ce roman d’histoires aussi humaines qu’attachantes. La trajectoire de Fermin par exemple, l’ancien clochard, ou encore celle du flic sadique et opportuniste, à l’aise quel que soit le régime, qui évoque la part d’ombre héritée du franquisme et qui suinte encore ici ou là dans la société espagnole. Celle enfin de la fille de milliardaire, aveugle et cruelle envers Daniel. Pas d’inquiétudes ! Toutes ces fils ne sont pas là pour alourdir le roman. On pourrait craindre le trop plein et la dilution de l’intrigue mais non. Au contraire, cela rajoute une densité au livre.
Que dire de plus ? Il faudra noter que ce livre est également une très belle évocation de Barcelone qu’on traverse de long en large sur les pas de Daniel. A tel point que l’éditeur hollandais de Zafon a eu l’idée d’un guide de promenade dans la Barcelone de L’ombre du vent. L’idée étant d’y retrouver l’atmosphère du livre. Sans doute un peu marketing aux entournures, mais pas idiot. Moi qui connaît un peu Barcelone, j’ai revu les Ramblas ou le marché de la Boqueria sous un jour plus mystérieux et poétique à la lecture de L’ombre du vent qu’en tant que touriste.
Bref, pour résumer d’un mot, une excellente lecture que je recommande sans réserve.

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