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Opération Shylock de Philip Roth

Une confession ?

De : Philip Roth
Traduit par : Lazare Bitoun
Titre original : operation shylock, a confession
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Alors qu’il se remet d’une grave dépression, Philip Roth héros de son propre roman, doit faire face à un imposteur qui se sert de son nom pour prôner le retour en Europe des juifs d’Israël. Avec Opération shylock, Philip Roth signe un roman épatant.

Mise en abyme

Cette intrigue écrite en 1988 en pleine Intifada se base sur une mise en abyme complexe mais extrêmement réjouissante. Philip Roth écrivain se met en scène dans ce roman comme il l’a déjà fait dans quelques autres livres. Le personnage Philip Roth découvre lors d’un voyage à Jérusalem, que quelqu’un se fait passer pour lui. Cet imposteur s’est mis en tête que les juifs d’Israël devrait rentrer « chez eux », c’est à dire en Europe où il seraient moins menacé. Ce double tient des conférences et mène une activité politique intense pour faire avancer ses idées et mettre en œuvre son projet de retour. Cet activisme est bien entendu beaucoup plus efficace en utilisant le nom de Philip Roth, l’un des écrivains juifs américains les plus connus.

L’histoire se complique encore car tout cela se déroule durant le procès de John Demjanjuk, accusé d’être « Ivan le terrible », le bourreau du camp de Treblinka. Accusé par Israël d’avoir dirigé les installations de gazage et d’avoir assassiné plus de 100 000 Juifs. Mais Est-ce bien la bonne personne que l’on juge ? L’accusé nie et les déboires identitaires de Philip Roth qui se déroule en parallèle sème le doute dans l’esprit du lecteur. Pour rappel le 25 avril 1988, Demjanjuk fut condamné à mort à Jérusalem mais ce jugement fût cassé 5 ans plus tard, l’identité de Demjanjuk ne parvenant pas être précisée de façon incontestable. Jugé aux États-Unis puis extradé en Allemagne, son procès a été repoussé pour raison de santé.

Une confession ou une manipulation ?

En sous titrant son livre une confession, et y ajoutant une réserve juridique et en se choisissant comme sujet, manipule complètement son lecteur. Rapidement on ne sait plus trop où situer la frontière entre réalité et fiction. L’histoire est tellement improbable qu’elle est difficile à prendre au sérieux. Et pourtant ? Le doute est entretenu avec autant de malice que de talent. J’ai pris beaucoup de plaisir à me laisser faire par ce jeu de miroirs qui semble ne pas en finir. Alors confession ou manipulation, je ne sais pas, mais en tout cas c’est une jolie découverte que je vous recommande chaudement.

Quelques lignes...

J’ai appris l’existence de l’autre Philip Roth en janvier 1988, quelques jours après le nouvel an, par un coup de téléphone de mon cousin Apter. Il m’appelait à New York pour me dire que la radio israélienne avait annoncé que je me trouvais à Jérusalem et que j’assistais au procès de John Demjanjuk, l’homme dont on pensait qu’il était Ivan le Terrible, le bourreau de Treblinka. Apter ajouta que les audiences du procès Demjanjuk étaient diffusées dans leur intégralité, tous les jours, à la radio et à la télévision. D’après sa logeuse, j’étais apparu brièvement la veille sur les écrans de télévision et le commentateur m’avait reconnu parmi les personnes présentes dans la salle de tribunal. Ce matin-là, lui-même avait entendu la confirmation de cette nouvelle à la radio. Apter me téléphonait pour savoir ou j’étais car il avait cru comprendre, d’après ma dernière lettre, que je n’arriverais pas à Jérusalem avant la fin du mois, pour interviewer, comme prévu, le romancier Aharon Appelfeld. Il avait affirmé à sa logeuse que si j’avais été à Jérusalem je l’aurais déjà contacté, ce qui était tout à fait exact - à chacun des quatre séjours que j’avais effectués en Israël pour réunir la documentation nécessaire à la partie de La Contrevie qui se passe là-bas, j’avais invité Apter à déjeuner un jour ou deux après mon arrivée.

Ce cousin Apter - issu de germain du côté de ma mère est un homme-enfant. Âgé de cinquante-quatre ans en 1988, Apter est devenu adulte sans que rien en lui n’ait marqué cette évolution. C’est un modèle réduit d’homme, un poupon au visage aussi dénué d’expression que celui d’un acteur juvénile vieillissant ; c’est terrifiant. Sur le visage d’Apter, on ne peut rien lire de l’histoire tourmentée du judaisme au xx" siècle, alors qu’en fait, en 1943, toute sa famille a été anéantie par la folie meurtrière des Allemands contre les Juifs. Lui a été sauvé par un officier allemand qui l’a enlevé en Pologne sur un lieu de transit, pour le vendre dans un bordel pour hommes de Munich. Cet officier se faisait ainsi pas mal d’argent en plus de sa solde. Apter avait alors neuf ans. Aujourd’hui encore, il ne peut se défaire de ce côté enfantin ; à son âge, il pleure toujours aussi facilement qu’il rougit, il a des yeux éternellement implorants et il peut à peine regarder les gens en f ;ace ; sa vie tout entière est prisonnière de son passé. Voilà pourquoi je n’ai rien cru de ce qu’il me disait au téléphone sur cet autre Philip Roth qui était arrivé à Jérusalem et qui n’avait pas essayé de le joindre. Sa soif de ceux qui ne sont pas là est inextinguible. Quatre jours plus tard, quelqu’un d’autre m’appela à New York pour me signaler ma présence à Jérusalem ; cette fois, il s’agissait d’Aharon Appelfeld. Nous étions devenus très proches, Aharon et moi, depuis que je l’avais rencontré à une réception donnée en son honneur par l’attaché culturel d’Israël à Londres, au début des années quatre-vingt. À l’époque, je passais la plus grande partie de l’année dans cette ville. Je devais l’interviewer pour la New York Review of Books à l’occasion de la sortie de l’édition américaine de son dernier roman : L’Immortel Bartfuss. Aharon me téléphonait pour me dire qu’il avait ramassé le Jerusalem Post du week-end précédent sur une table du café ou il se rendait tous les jours pour écrire et, à la page culturelle du dimanche, il était tombé sur un avis dont il pensait que je devais être informé. S’il l’avait vu quelques jours plus tôt, ajoutait-il, il se serait rendu sur place en émissaire silencieux.

" Le diasporisme : la seule solution au problème juif. "
Conférence de Philip Roth suivie d’une discussion. 18 h. Suite 511, hôtel King David.

J’ai découvert Philip Roth avec son roman La tache.

A part ça, je vous souhaite une excellente année 2011 !

Le lundi 3 janvier 2011, par Angelina
Modification de l'article le : 3 avril 2013.

Réactions

  • visiteurs

    Opération Shylock de Philip Roth

    par Mozir - 15 janvier 2011 11-25

    Bof. Je me suis arreté à la page 167... J’ai du mal avec cette écriture, et puis ça me dérange de me demander sans arrêt si ce que je lis est vrai ou faux. Surtout pour une intrigue trés axée sur des éléments historiques. c’est tres perturbant quand on a quelques lacunes en la matière.
    La tache par contre j’avais mieux aimé.

    Voir en ligne : le blog de mozir

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