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Plateforme

L’ère du temps

De : Michel Houellebecq
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Plateforme est un roman sorti en 2001 et qui a fait un petit peu de bruit. Moi je ne le découvre que maintenant parce que je ne reçoit pas beaucoup de nouveautés, de service de presse. C’est ainsi. Les actualités brûlantes sont ailleurs et ma chronique sent un peu le réchauffé. Pas grave.

Pour en revenir au roman de Michel Houellebecq, il a fait polémique à sa sortie parce qu’il aborde assez crûment le thème du tourisme sexuel et de la prostitution. Et il le fait de façon assez cynique d’ailleurs, sans compassion pour les prostituées, sans leur donner la parole ou explorer leur point de vue. L’histoire, c’est celle de Michel qui se rend en Thaïlande pour y prendre du bon temps. Outre les rapports tarifés, son voyage lui permet de rencontrer Valérie, celle qui deviendra l’amour de sa vie.

Valérie travaille pour un grand groupe hôtelier et cherche des idées pour relancer une marque de club de voyages qui se porte mal. C’est Michel qui lui donnera la formule pour remplir à nouveaux ses hôtels : Miser sur le tourisme sexuel.

Partant du constat que les gens s’ennuient dans les clubs “all inclusive”, Michel propose la théorie suivante : D’un coté de l’hémisphère se trouvent des touristes qui ont de l’argent mais plus l’énergie de laisser parler leurs envie ; de l’autre coté, des gens qui n’ont rien d’autres à vendre que leur corps. il suffit alors de mettre les acheteurs et les vendeurs dans des clubs prévus à cet effet. Et ça marche. En parallèle, Valérie et Michel file le parfait amour dans une bluette qui contre balance le cynisme glauque avec lequel Houellebecq décrit les bars à hôtesses et les salons de massages.

Plateforme est un roman qui pourrait faire fuir. Michel Houellebecq remue la marmite et remonte à la surface ce qu’il y a de moins plaisant dans l’être humain. Ce n’est pas agréable à regarder, mais c’est osé ; On sort franchement du politiquement correct et du socialement acceptable, et c’est ce qui rend Plateforme unique. On aime ou pas, mais c’est un roman à connaître.


Published by : Flammarion
Date published : 01/01/2001
ISBN : 2-08-068237-7

Quelques lignes...

En somme le tourisme, comme quête de sens, avec les sociabilités ludiques qu’il favorise, les images qu’il génère, est un dispositif d’appréhension graduée, codée et non traumatisante de l’extérieur et de l’altérité.
Rachid Amirou

Je me réveillai vers midi, la climatisation émettait un bourdonnement grave ; j’avais un peu moins mal à la tête. Allongé en travers du lit king size je pris conscience du déroulement du circuit, et de ses enjeux. Le groupe jusqu’alors informe allait se métamorphoser en communauté vivante ; dès cet après-midi je devrai entamer un positionnement, et déjà choisir un short pour la promenade sur les klongs. J’optai pour un modèle mi-long, en toile bleu jean, pas trop moulant, que je complétai par un tee-shirt Radiohead ; puis je fourrai quelques affaires dans un sac à dos. Dans le miroir de la salle de bains, je me considérai avec dégoût : mon visage crispé de bureaucrate jurait tragiquement avec l’ensemble ; je ressemblais au total exactement à ce que j’étais : un fonctionnaire quadragénaire qui tentait de se déguiser en jeune pour la durée de ses vacances ; c’était décourageant. Je marchai vers la fenêtre, tirai les rideaux en grand. Du 27e étage, le spectacle était extraordinaire. La masse imposante de l’hôtel Mariott se dressait sur la gauche comme une falaise de craie, striée de traits noirs horizontaux par des rangées de fenêtres à demi dissimulées derrière les balcons. La lumière du soleil à son zénith soulignait avec violence les plans et les arêtes. Droit devant, les réflexions se multipliaient à l’infini sur une structure complexe de pyramides et de cônes de verre bleuté. À l’horizon, les cubes de béton gigantesques du Grand Plaza Président se superposaient comme les étages d’une pyramide à degrés. Sur la droite, surmontant la surface frissonnante et verte du Lumphini Park, on apercevait, comme une citadelle ocre, les tours angulaires du Dusit Thani. Le ciel était d’un bleu absolu. Je bus lentement une Singha Gold en méditant sur la notion d’irrémédiable.

En bas, l’accompagnatrice procédait à une sorte d’appel afin de distribuer les breakfast coupons. J’appris ainsi que les deux bimbos se prénommaient Babette et Léa. Babette avait des cheveux blonds frisés, enfin pas frisés naturellement, sans doute plutôt ondulés ; elle avait de beaux seins, la salope, bien visibles sous sa tunique translucide – un imprimé ethnique Trois Suisses, vraisemblablement. Son pantalon, du même tissu, était tout aussi translucide ; on distinguait nettement la dentelle blanche du slip. Léa, très brune, était plus filiforme ; elle compensait par une jolie cambrure des fesses, bien soulignée par son cycliste noir, et par une poitrine agressive, dont les bouts se tendaient sous un bustier jaune vif. Un diamant minuscule ornait son nombril étroit. Je fixai très attentivement les deux pouffes, afin de les oublier à tout jamais.

La distribution des coupons continuait. L’accompagnatrice, Sôn, appelait tous les participants par leurs prénoms ; j’en étais malade. Nous étions des adultes, bordel de Dieu. J’eus un moment d’espoir quand elle désigna les seniors sous le nom de « monsieur et madame Lobligeois » ; mais elle ajouta aussitôt, avec un sourire ravi : « Josette et René ». C’était peu probable, et pourtant c’était vrai. « Je m’appelle René » confirma le retraité sans s’adresser à personne en particulier. « Ce n’est pas de chance… » grommelai-je. Sa femme lui jeta un regard las, du genre « tais-toi, René, tu embêtes le monde ». Je compris soudain à qui il me faisait penser : au personnage de Monsieur Plus dans les publicités Bahlsen. C’était peut-être lui, d’ailleurs. Je m’adressai directement à sa femme : avaient-ils, par le passé, interprété en tant qu’acteurs des personnages de second plan ? Pas du tout, m’informa-t-elle, ils tenaient une charcuterie. Ah oui, ça pouvait coller aussi. Ce joyeux drille était donc un ancien charcutier (à Clamart, précisa sa femme) ; c’est dans un établissement modeste, dévolu à l’alimentation des humbles ; qu’il avait jadis fait étalage de ses pirouettes et ses saillies.

Le vendredi 26 avril 2013, par Angelina
Modification de l'article le : 27 avril 2013.

Réactions

  • visiteurs

    Plateforme

    par Hervé GAUTIER - 23 juillet 2013 09-05

    N°354 – Août 2009.
    PLATEFORME - Michel HOUELLEBECQ – Éditions Flammarion.

    Il y a des auteurs que je lis pour le plaisir et d’autres que j’aborde parce que leur notoriété les a précédé et qu’il convient de savoir qui ils sont... J’ai donc lu Plateforme !

    L’histoire commençait bien, si je puis dire « Mon père est mort il y a un an. Je ne crois pas cette théorie selon laquelle on devient réellement adulte à la mort de ses parents. On ne devient jamais réellement adulte ». Je ne sais pas pourquoi, mais ces premières phrases laissaient présager des relations difficiles entre générations ou des développements personnels sur la vie. C’est classique mais souvent intéressant parce que l’écrivain y apporte sa vision du monde, son vécu... D’ailleurs il précise aussitôt « Il avait profité de la vie, le vieux salaud, il s’était démerdé comme un chef... ». On apprend ensuite que le père a été assassiné, qu’une enquête est en cours, que l’auteur est fonctionnaire, célibataire, la quarantaine et part pour la Thaïlande, sans doute pour se changer les idées... mais on s’aperçoit très vite qu’il est sensible à la beauté des femmes, ce qui n’est pas blâmable, loin de là ! Au fil des pages, et même rapidement, le lecteur se rend compte que toute sa vie se résume au sexe et et que cela devient même mono-thématique à tendance obsessionnelle, avec des détails érotiques qui ne ressortent pas exactement de la description littéraire. On comprend bien, dès lors, que cette destination n’a pas été choisie par hasard et qu’on va avoir droit aux incontournables. D’ailleurs cela ne tarde pas « Moi aussi on m’a massé le dos, mais la fille a terminé par les couilles » intervins-je sans conviction ».

    Il y a aussi, dans le groupe de touristes, ces improbables dialogues entre membres d’un séjour, ses inévitables fantasmes, ces rencontres parfois sans lendemain...On y fait la connaissance d’individus médiocres qui cherchent avant tout à se mettre en valeur, mais aussi des partenaires d’un été. Classique là aussi ! Il finit par croiser Valérie, une femme sensuelle avec qui il décide de vivre à son retour à Paris et à qui il suggère de redynamiser une chaine d’hôtels-club qui périclite. « Propose un club où les gens puissent baiser...il doit forcément se passer quelque chose pour que les occidentaux n’arrivent plus à coucher ensemble ». C’est vrai après tout et on peut parfaitement accorder foi à cette phrase « S’il n’y avait pas de temps en temps un peu de sexe, en quoi consisterait la vie » et puis « Les gens ont besoin de sexe c’est tout, seulement ils n’osent pas l’avouer »... Cela fonctionne, au début, parce que la demande est forte et Valérie et lui envisagent de tout quitter pour s’installer en Thaïlande pour officialiser une entreprise de tourisme sexuel... Et puis tout bascule à cause d’un attentat islamique où sa compagne trouve la mort. Celle qui était « une exception radieuse » ne sera plus désormais qu’un remords de plus dans sa vie qui, on le sent bien, va chavirer...

    L’auteur qui, à l’occasion, prononce des aphorismes qui peuvent faire débat, dénonce le tourisme sexuel avec provocation, la déliquescence du monde occidental, mais aussi donne son avis sur l’islam, pose un regard critique sur les Allemands [« Plus que tout autre peuple, ils connaissent le désir de leur propre anéantissement... Leur compagnie pourtant est apaisante et triste »]...

    J’ai donc lu ce livre, pas vraiment bien écrit à mon goût, jusqu’au bout, davantage comme un roman érotique, c’est à dire sans passion, sans réel intérêt, pour pouvoir me dire que j’avais déjà lu quelque chose de Houllebecq et ne pas être tenté de porter sur lui un jugement à priori qui ne me serait dicté que par des critiques extérieures. Pourtant, je dois bien avouer que mon attention n’a été attirée que dans les dernières pages, quand l’auteur jette un regard désabusé sur cette vie qui n’a plus d’intérêt pour lui parce que la femme qui la justifiait n’est plus là et qu’il est condamné définitivement à vivre sans elle « Vieillir, ce n’est déjà pas très drôle, mais vieillir seul, c’est pire ». Avec elle et grâce à elle, sa petite vie parisienne et quotidienne avait soudain pris des couleurs, à cause du sexe, sans doute, mais pas seulement [Elle (Valérie) faisait partie de ces êtres qui sont capables de dédier leur vie au bonheur de quelqu’un, d’en faire très directement leur but. Ce phénomène reste un mystère... Si je n’ai rien compris à l’amour, à quoi me sert d’avoir compris le reste ? »].

    Alors, peut-être pour entretenir le souvenir, revenir à une vie plus conventionnelle il revient en Thaïlande, mais seul, sans illusion, pour exorciser sa douleur [ « Il est probable que je ne comprendrai jamais réellement l’Asie, et ça n’a d’ailleurs pas beaucoup d’importance. On peut habiter le monde sans le comprendre, il suffit de pouvoir en obtenir de la nourriture, des caresses et de l’amour ».

    Il prend conscience de lui-même [« J’aurai été un individu médiocre, sous tous ses aspects »]. Dès lors la mort peut venir et l’attend sans vraiment la craindre parce qu’elle est l’issue normale de ce passage sur terre qui maintenant n’a plus d’intérêt pour lui [« On ne vient pas à Pattaya pour refaire sa vie mais pour la terminer dans des conditions acceptables » et l’écriture est peut-être un exorcisme... ou peut-être pas !

    Un roman qui ne prend sa réelle épaisseur qu’à la fin et qui me laisse une impression mitigée, une sorte de malaise.

     Hervé GAUTIER – Août 2009.http://hervegautier.e-monsite.com 

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