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Le quatrième mur

Antigone d’Anouilh sur un champ de bataille au Liban

vendredi 8 novembre 2013

Georges, le personnage principal du quatrième mur est un militant d’extrême gauche qui a passé sa jeunesse à faire le coup de poing contre des militants d’extrême droite. C’est durant cette période qu’il rencontre Sam, un exilé grec, juif de Salonique qui a fui le régime des colonels pour monter des pièces de théâtre en France.

Quelques années plus tard, en pleine guerre du Liban, Sam rêve de monter Antigone à Beyrouth et d’employer dans la distribution des rôles, des acteurs de chaque confession. D’après Sam, Antigone est suffisamment complexe pour permettre à chaque faction de trouver sa propre lecture du drame, et c’est ainsi qu’il compte convaincre les uns et les autres. Terrassé par la maladie, Sam ne peut pourtant pas aller au bout de son projet. Il charge Georges de réunir les belligérants autour de La pièce de Jean Anouilh pour “voler deux heures à la guerre” et mener son projet jusqu’au dénouement.

Le quatrième mur est l’un des romans qui sort du lot pour cette rentrée littéraire 2013. Sorj Chalandon confirme tout le bien que je pense des écrivains qui sont passés d’abord par le journalisme. Ils ne cherchent pas le style, ils vont à l’essentiel. ça me va.

Pour l’histoire, je suis sur la réserve car il y a des passages très durs qui m’ont mis le moral au fond des chaussettes. Il y a de quoi désespérer de l’humanité dans ces pages. Je me vois mal offrir ce livre à quelqu’un ou le recommander chaudement. Pourtant si le livre est difficile à supporter au paroxysme de sa violence, c’est aussi ce qui rend la fin compréhensible et forte ; grâce à ça qu’on comprend qu’Antigone n’est pas celle qu’on croit. Georges symbolise également le correspondant de guerre, l’ancien métier de Sorj Chalandon, qui se laisse envahir par les conflits qu’il traite.

Un livre assurément marquant, intelligent, pas commercial et bien foutu ; mais dur aussi. à vous de voir.