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L’épouvantail de Michael Connelly

Les protagonistes du "Poête", Jack McEvoy et Rachel Walling, sont à nouveau amenés à enquêter ensemble.

mardi 2 novembre 2010

Michael Connelly a été journaliste avant d’être écrivain. L’enquête sur l’épouvantail, un serial killer de la veine du poète, l’amène a nous faire voir la réalité que vivent les journalistes dans les grands quotidiens au États Unis. Plus qu’un roman noir, il signe ici une description passionnante du travail de journalistes et des mutations professionnelle que l’irruption d’internet a engendré.

Un petit mot sur ’histoire

Jack McEvoy, le héros du poète, et le journaliste le plus expérimenté du service criminel du Los Angeles Times. Il est aussi le plus payé. Son directeur des ressources humaines le convoque et lui annonce que cela ne peut plus durer. Jack McEvoy, est licencié. Il lui reste quinze jour pour faire ses cartons et former sa remplaçante, une gamine sans expérience mais qui sait utiliser internet. Amer, Jack McEvoy veut tout de même partir sur un coup d’éclat. Il veut écrire son meilleur article avant de partir : ultime pied de nez à la face de ses directeurs. Jack McEvoy trouve son sujet, un dealer illettré, membre d’un gang est accusé à tort d’avoir tué une jeune femme. L’accusé n’est pas un saint, c’est même tout le contraire, mais Jack McEvoy a la conviction que le meurtre lui a été injustement collé sur le dos. L’enquête, McEvoy va la reprendre entièrement et cela va l’amener sur les traces d’un serial killer extrêmement sadique et dangereux.

Pour l’amateur occasionnel de polar, Michael Connelly a l’avantage de proposer toute une série de romans de bonne facture. On peut en prendre un, voir même n’importe lequel, sans risquer l’erreur fatale. Bien sur les livres de Michael Connelly sont inégaux. Certains sont très bons, d’autres sortent un peu moins du lot... Difficile de faire mouche à tous les coups.

Fil conducteur des romans de Michael Connelly

Pour revenir à l’épouvantail qui nous occupe ici, je le classerai sans hésiter sur le haut du panier. Pas tout en haut, mais pas loin. Le livre a un petit défaut dont je parlerai plus loin, mais le démarrage du livre m’a beaucoup séduite. Si les romans de Michael Connelly ont un fil conducteur, il faut le chercher sans doute dans son passé de journaliste. L’intrigue dans un roman de Michael Connelly, c’est avant tout un moyen de peindre un écosystème.

Les aventures de Harry Bosch nous entrainent dans une description quasi chirurgicale des us et coutumes des flics de Los Angeles. On finit par tout savoir d’eux : les bars et cantines qu’ils fréquentent, leurs procédures qu’ils suivent, la façon dont ils replissent leurs paperasses, les petits trucs utilisés pendant les interrogatoires. Michael Connelly nous montre tout ça dans des textes qu’on pourrait qualifier de quasi reportage, l’aspect fictionnel tenant lieu du prétexte.

Michael Connelly réédite l’exercice avec son héros Michael Haller. Il s’en sert et nous montre à travers lui, le système judiciaire californien vu de l’intérieur. On pourrait se dire, qu’on a déjà vu ça mille fois au cinéma ou dans les séries télévisées. C’est vrai mais je trouve cela beaucoup mieux rendu sous la plume de Michael Connelly. On ne reste pas à la surface des choses. A lire Connelly depuis longtemps, il me semble évident que le travail documentaire a été très approfondit avant d’écrire la moindre ligne.

Pour l’épouvantail, comme pour le poète, le héros et Jack McEvoy, un journaliste au LA times. (On y retrouvera aussi Rachel Walling) C’est dans ce journal que Michael Connelly a travaillé et pour lequel il a couvert les émeutes de Los Angeles. Lorsqu’il décrit la salle de rédaction, il sait donc de quoi il parle. Et ça se sent. C’est la meilleur partie du roman. On a droit a une description exceptionnelle du travail de journaliste et des mutations qu’Internet a introduites. Bousculés par le web, les grands quotidiens perdent de l’argent, dégraissent les salariés, misent tout sur l’instantanéité d’internet. Les mises en ligne s’enchainent mais pour Connelly, le travail d’enquête semble en souffrir.

Le livre a tout de même un petit défaut : sa fin. C’est un peu convenu, sans beaucoup de surprises ni d’enjeu. Je n’en dis pas plus mais l’essentiel du roman a été livré dans la première partie du livre. Et je ne vous parle pas de l’intrigue ici. L’intrigue d’un polar, au fond n’a pas d’intérêt, son rôle et juste de donner envie au lecteur de tourner les pages. Ce qui fait le sel d’un polar, c’est la description du milieu dans lequel l’enquête se joue. C’est là que se trouve la différence entre un bon polar et le tout venant du roman noir. Pour l’épouvantail Michael Connelly a réussit cela très bien au début du livre, mais après, j’ai sentit qu’il n’avait plus grand chose à dire ni à faire avec son histoire. Il l’a achevée, mais sans beaucoup d’inspiration.