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Opération Shylock de Philip Roth

Une confession ?

mercredi 3 avril 2013

Alors qu’il se remet d’une grave dépression, Philip Roth héros de son propre roman, doit faire face à un imposteur qui se sert de son nom pour prôner le retour en Europe des juifs d’Israël. Avec Opération shylock, Philip Roth signe un roman épatant.

Mise en abyme

Cette intrigue écrite en 1988 en pleine Intifada se base sur une mise en abyme complexe mais extrêmement réjouissante. Philip Roth écrivain se met en scène dans ce roman comme il l’a déjà fait dans quelques autres livres. Le personnage Philip Roth découvre lors d’un voyage à Jérusalem, que quelqu’un se fait passer pour lui. Cet imposteur s’est mis en tête que les juifs d’Israël devrait rentrer « chez eux », c’est à dire en Europe où il seraient moins menacé. Ce double tient des conférences et mène une activité politique intense pour faire avancer ses idées et mettre en œuvre son projet de retour. Cet activisme est bien entendu beaucoup plus efficace en utilisant le nom de Philip Roth, l’un des écrivains juifs américains les plus connus.

L’histoire se complique encore car tout cela se déroule durant le procès de John Demjanjuk, accusé d’être « Ivan le terrible », le bourreau du camp de Treblinka. Accusé par Israël d’avoir dirigé les installations de gazage et d’avoir assassiné plus de 100 000 Juifs. Mais Est-ce bien la bonne personne que l’on juge ? L’accusé nie et les déboires identitaires de Philip Roth qui se déroule en parallèle sème le doute dans l’esprit du lecteur. Pour rappel le 25 avril 1988, Demjanjuk fut condamné à mort à Jérusalem mais ce jugement fût cassé 5 ans plus tard, l’identité de Demjanjuk ne parvenant pas être précisée de façon incontestable. Jugé aux États-Unis puis extradé en Allemagne, son procès a été repoussé pour raison de santé.

Une confession ou une manipulation ?

En sous titrant son livre une confession, et y ajoutant une réserve juridique et en se choisissant comme sujet, manipule complètement son lecteur. Rapidement on ne sait plus trop où situer la frontière entre réalité et fiction. L’histoire est tellement improbable qu’elle est difficile à prendre au sérieux. Et pourtant ? Le doute est entretenu avec autant de malice que de talent. J’ai pris beaucoup de plaisir à me laisser faire par ce jeu de miroirs qui semble ne pas en finir. Alors confession ou manipulation, je ne sais pas, mais en tout cas c’est une jolie découverte que je vous recommande chaudement.


J’ai découvert Philip Roth avec son roman La tache.

A part ça, je vous souhaite une excellente année 2011 !