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Une année sous silence

De : Jean-Paul Dubois
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Depuis le suicide de sa femme, Paul Miller tourne en rond dans son petit appartement. Une année sous silence de Jean-Paul Dubois, c’est l’histoire d’une lente glissade qui paradoxalement fait du bien, malgré la tristesse du propos.

Après « Hommes entre eux » et « Les accommodements raisonnables », je retrouve avec plaisir Jean-Paul Dubois pour un roman paradoxalement désabusé et rafraichissant.

Une année sous silence

Après le suicide de sa femme, Paul Miller, quitte la maison qu’il avait construite de ses mains et dans laquelle sa femme s’est immolée. Ayant trouver un petit appartement, il trompe l’ennui et la solitude en épiant ses voisines sur lesquelles il fantasme. Paul Miller semble hésiter entre retisser quelques liens où se retirer dans une solitude complète. C’est finalement vers une lente glissage qu’il se dirige. Au final c’est dans un mutisme quasi complet que Paul va rester durant une année. Il occupera cependant ce temps à harceler un prêtre défroqué ce qui donnera lieu à quelques épisodes rocambolesques.

Triste mais drôle

Jean-Paul Dubois a beaucoup de talent lorsqu’il s’agit de décrire une dépression en y mettant ce qu’il faut d’humour et de causticité pour rendre son histoire plaisante. Bien sur, ce n’est pas très joyeux, mais le livre offre de bons passages propre a réjouir tout anticléricaliste qui se respecte, tant le prêtre libertin qui vit à coté de chez Paul est tourné en ridicule.
Pour le style, il reste propre et précis, bâti de phrases courtes et incisives qui composent la patte incomparable de Jean-Paul Dubois.

Quelques lignes...

Il neige et je marche. Les flocons effleurent mon visage et dansent sous les lampadaires comme des lucioles. La chaleur du bar que je viens de quitter enveloppe mon manteau qui porte encore dans ses fibres les odeurs mélangées de l’alcool et du tabac. J’avance dans cet air glacé, calme, rassuré, insouciant. J’ai le sentiment qu’en moi la vie rougeoie, que je la porte à incandescence et que, d’une certaine manière, je la consume trop vite.

Je remonte mon col, pince mon nez afin d’en assécher les ailes et hausse les épaules pour ajuster une dernière fois mon pardessus. Les voitures roulent à une allure ridiculement faible. Les conducteurs, crispés à leur volant comme des haltérophiles à leur barre, semblent terrifiés à l’idée de déraper sur la fine pellicule qui s’est amassée sur la chaussée. Leurs yeux scrutent la route et se raccrochent aux quelques plaques de goudron encore visibles.

Dans le halo des réverbères, avec ma forte stature parmi les flocons, je ressemble à un apiculteur en train de se frayer un chemin à travers un nuage d’abeilles blanches. Les essuie-glaces de ma vieille Volkswagen ont bien du mal à dégager la neige qui s’est accumulée sur le pare-brise. Le moteur, après quelques hésitations, adopte un régime régulier et résonne dans l’habitacle comme un groupe électrogène au cœur d’un atelier. En ce soir de noël, dans cette voiture à l’arrêt, les mains posées sur le volant, moi, Paul Miller, avec un panier à provision posé à la place du mort, je pense au suicide d’Anna, ma femme. J’ai arrêté de fumer le jour de son enterrement. J’ai bien l’intention de me remettre bientôt au tabac.

Le lundi 4 juillet 2011, par Angelina
Modification de l'article le : 18 novembre 2012.

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